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L'économie du libre sur Internet

L'arrivée du web a bouleversé les modèles économiques pré-établis de la logique commerciale. Maintenant, les créateurs travaillent pour une communauté dans une logique de partage, d'échange de l'information, de diffusion de la culture.

Tout commence avec une recette de cuisine.
Après avoir obtenu une recette, tout le monde aime à l'utiliser, la modifier, l'adapter, la recopier et la partager. Pourtant, dans le monde des droits d'auteurs, cette recette devenue payante ne peut plus être utilisée que dans une seule cuisine, pour une seule personne et est interdite de copie. L'informaticien Richard Stallman tente un parallèle avec les logiciels pour insister sur les restrictions posées par le marché des logiciels dits "propriétaires", c'est-à-dire régis par des droits d'auteurs.
Ainsi, dès 1985, il propose l'idée d'un "logiciel libre", programme gratuit offrant à tout un chacun le droit de l'utiliser, le modifier, le dupliquer, et le diffuser. Dans sonManifeste GNU, l'informaticien estime que "si j'aime un programme, je dois le partager avec d'autres". Il créé alors la Fondation pour les logiciels libres (FSF) pour concentrer tous les développements libres.
Un nouveau modèle économique vient d'éclore, même si les premiers succès ne s'apprécieront qu'avec la démocratisation d'Internet. En 1991, c'est l'explosion du libre avec le projet du jeune étudiant Linus Torvald et son système d'exploitation :Linux. Sa publication attire des milliers de développeurs qui souhaitent apporter leur pierre à l'édifice en proposant des améliorations au système. Une idée qui cristallise toute la philosophie du logiciel libre : chacun peut contribuer à améliorer un programme pour un idéal de qualité.


Le logo de Copyleft, la licence des logiciels libres

 


Logiciel libre ou l'avenir de l'informatique

Le succès des logiciels libres est fulgurant. Par principe ou par économie, les utilisateurs adoptent volontiers ces softwares perçus comme performants et innovants. Par exemple, plus de 400.000 ordinateurs des administrations publiques sont équipés par la suite OpenOffice (traitement de textes, tableur, etc., version gratuite de Microsoft Office). Autre exemple fort du logiciel libre : Firefox. Lancé en 2002, le navigateur web ne cesse de réduire son écart avec Internet Explorer. Aujourd'hui Firefox pèse pour 32,5% des visites


européennes, contre 58,1% pour son rival, d'après le baromètre de l'institut AT. Certains voient même dans le logiciel libre, l'avenir de l'informatique. Bernard Molland explique que demain, "les logiciels ouverts représenteront l'essentiel de l'activité" informatique. Tous les logiciels passeront sous licence libre avec "des dispositifs de production et collaboration à très grande échelle", détaille François Elie dans Economie du logiciel libre. Question financement, plusieurs modèles économiques se côtoient. Certains font appel aux dons (Mozilla), d'autres préfèrent introduire de la publicité (Google), enfin des sociétés commerciales sont créées autour de logiciels phares (comme Linux) et proposent de vendre des services supplémentaires (CD d'installation, des manuels d'aide, etc.).

Le partage : la porte du savoir collectif


Si les partisans du libre s'attachent à n'utiliser que des logiciels libres, leurs cousins Warez "œuvrent à ce que tout le monde puisse utiliser ce qui n'est pas libre", comme l'explique le pirate Loyd Blankenship dans son Manifeste du Hacker en 1986. Celui-ci milite pour le partage de l'information, les logiciels, la culture, etc. au nom du droit à l'information. Un partage du savoir commun qui vise à "promouvoir l'égalité des chances", "la dynamique citoyenne" et la participation dans "l'intelligence collective".

De nombreux hackers font du manifeste de Blankenship leur code éthique avec la volonté de partager l'information mondiale, un partage qui peut devenir idéologique comme, par exemple, avec le collectif des Anonymous entrés en "guerre" contre l'Eglise de Scientologie. Le groupe de hackers annonce simplement : "Votre propagande et votre influence néfaste sur ceux qui vous font confiance nous ont poussé à faire disparaître votre organisation." Concrètement, les Anonymous attaquent régulièrement les sites liés à la secte, organisent des rassemblements mondiaux et mettent à disposition gratuitement l'intégralité des livres vendus par la secte (principale source de revenus de l'Eglise).
Plus insolite, en 2008, le britannique Gary McKinnon est accusé par les Etats-Unis du "plus grand piratage informatique militaire de tous les temps" après avoir pénétré des ordinateurs de la NASA, l'US Army, l'Air Force, la Navy, le ministère de la Défense et le Pentagone. Il explique qu'il était à la recherche d'informations secrètes sur les OVNIs pour révéler au monde la vérité cachée sur les extraterrestres.
La volonté du partage de la connaissance se retrouve dans l'essence du Web 2.0. L'"intelligence collective" théorisée par le philosophe Pierre Lévy s'illustre dans des sites comme Wikipedia. Avec le mathématicien Michel Authier, il avance le concept d'un arbre de connaissances où chaque membre d'une communauté partage son savoir, son vécu avec les autres pour tendre vers un savoir absolu, total. Une idée qui se retrouve dans de nombreux réseaux sociaux en vogue : Flickr, Twitter, etc.

"Les effets économiques du piratage sont très positifs"


 
Reste que tous les biens culturels numérisés peuvent désormais être téléchargés. En France,on estime le manque à gagner à 1,2 milliard d'euros dont 605 millions imputés au cinéma, 369 millions à la musique, 147 millions à l'édition. Mais ces estimations sont largement contestées. "Le piratage informatique ne peut être assimilé à du vol" puisque l'on ne dérobe pas quelque chose à quelqu'un, précise Loyd Blankenship, on le recopie simplement, comme une photocopie.
Une étude parue en janvier dernier aux Pays-Bas conclut que "les effets économiques du partage de fichiers sur le marché néerlandais sont très positifs à court et à long terme". Les analystes estiment même que le téléchargement illégal a rapporté 100 millions d'euros à l'économie hollandaise en 2008. Selon eux, le public découvre des artistes inconnus via le piratage et ensuite achète leurs CDs et se rend à leurs concerts. De plus, le rapport indique que les téléchargeurs réguliers de jeux vidéo, CD et DVD sont également ceux qui les achètent le plus.

Boris Manenti  http://tempsreel.nouvelobs.com 
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